© Camille Chemin & © Koyaanisqatsi, Ron Fricke

Point de rupture – 16h30, Paris.

je suis passée à côté du Jardin aux Plantes

c’était hier et il y avait un grand soleil

j’ai vu des passants s’arrêter et sentir les effluves des fleurs

j’ai rêvé de balcons colorés

j’ai rêvé de cafés-forêts

hier j’ai vu des enfants jouer

j’ai vu des enfants courir, rire et sauter

j’ai aimé cela

Seulement

Autour du parc les gens se sur-activent

je suis surprise pour ne pas dire saisie par cette agitation

la ville est dense

la ville est transe

et fait figure d’abandonnée

les vitrines remplacent la lumière de la lune

il n’y a plus ni nuit ni jour

il n’y a plus qu’une succession d’excitations

comme un désengagement du sens

comme une perte d’ancrage

c’était hier et aujourd’hui c’est pareil

du haut du quatrième étage

depuis le balcon

je regarde le parc pluvieux

je vois ces ballets d’allers-retours

des lycéens

spectacle savamment orchestré

douloureusement interprété

j’ai cru que mes poumons allaient se recroqueviller sur eux-mêmes

j’ai senti ma respiration courte et brûlante

c’est Paris dit-on

Paris que tout le monde envie

Jusqu’à quand ?

Quand est ce que le point de rupture émergera ?

– Camille Chemin