Le « Travail qui Relie »

Me voici de retour d’un atelier de ‘Travail qui Relie’ d’après Joanna Macy.

Je souhaite vous faire un petit résumé de mon expérience, mais tout d’abord voici  une explication générale de cette puissante méthode de résilience (aussi nommée Écopsychologie Pratique ou Écologie Profonde).

Cette méthode a été conçue et expérimentée par Joanna Macy sur
quelques décennies et se déroule en un processus en 4 étapes :
– S’enraciner dans la Gratitude
– Honorer notre Souffrance pour le Monde
– Porter un Nouveau Regard
– Aller de l’Avant

L’écopsychologie s’inspire des sciences, notamment la systémique, des sagesses anciennes, notamment bouddhiste, de l’écosophie (ou écologie profonde) de Arne Naess, et de l’expérience de la peine que nous éprouvons tous, même inconsciemment, pour le monde (l’Humanité, la Terre, la Vie).
Différents exercices et rituels sont proposés pour ce processus qui peut se dérouler sur une demi-journée ou plusieurs semaines, en ville ou lieu de nature. Pour ma part ce fut à la campagne, du jeudi soir au dimanche fin d’après-midi, et c’était déjà très riche.

Des duos avec un contact dans les yeux et des questions à tour de rôle en lien avec ces étapes furent souvent des moments forts de reconnexion à l’humain en soi et en l’autre. Il y eut des temps de visualisation en groupe ou seuls, notamment sur la Toile de la Vie, permettant ouverture de conscience sur notre place dans le continuum de la vie, et sur la fin, comment « aller de l’avant » en posant un projet, simple ou ambitieux, personnel ou collectif.

Entre ces temps de pratique se posaient des cercles de parole sans obligation de s’exprimer, une danse, et de la musique le soir.
Les deux moments les plus profonds et intenses pour moi furent le « rituel du désespoir » et la « méditation des bodhisattvas ».
Le premier est le cœur de ce processus et correspond à la deuxième étape. En résumé ce sont plusieurs cercles actifs ou réceptifs où l’on exprime ou ressent les émotions diverses liées à la souffrance du monde – dans cet effondrement général  que nous vivons directement ou indirectement. Ce n’est pas une catharsis qui chercherait à libérer des émotions négatives stockées quelque part en nous. Il y aurait encore là la croyance toxique que nous sommes séparés, alors que nous sommes tous inter-reliés.

L’expérience de ceux qui souffrent de l’état du monde, consciemment ou non,  alors que tout semble aller dans leur vie personnelle, suffirait à le prouver. Il est  commun que l’on peut compenser une souffrance en s’anesthésiant dans des loisirs, dans la consommation, dans la fuite en avant de la technologie, par l’hyper-activité… toutes ces choses qui augmentent la souffrance au final (plus de  pollution, d’égoïsme, de burn-out,…).

Ce rituel et le Travail qui Relie en général propose de reprendre pied avec la réalité profonde, le substrat commun de tous les vivants. Non pas en niant ou évitant cette souffrance collective, mais en l’accueillant, en l’honorant, c’est à dire en lui  laissant la place, conséquente à notre compassion naturelle.
En cela ce ne sont pas des émotions qu’on libère, mais nous-même en nous reconnectant à soi, aux autres, à la Terre, en réhabilitant cette zone refoulée que certains appellent le soi écologique, sûrement plus fondamental que notre petit moi personnel. Par la force des émotions vécues dans l’énergie de groupe s’opère naturellement un changement de ressenti, de vision, et une nouvelle énergie issue de ces nouvelles connexions. De là découlent des idées, des projets, des actions, des réseaux,…

Le deuxième moment significatif pour moi fut la « méditation des bodhisattvas » qui correspond à la troisième étape du processus.
C’est une méditation active, en marchant yeux bandés, guidée verbalement par les animatrices. Tous unis au delà de la mort et appelés à se réincarner, nous revoyons l’incarnation, les étapes de notre enfance, notre vie adulte sous un autre regard. Ce sont un ou plusieurs pas en conscience pour chaque étape, nos blessures pouvant devenir nos atouts. Une image, une phrase, une prise de conscience ou un élan dans une direction sont porteurs de renouveau pour notre vie en lien avec ce monde. Sur la fin j’ai vécu cette méditation en mouvement comme une danse avec beaucoup de sens et de joie.

Plus tard il est possible de revenir à ce processus, c’est comme un cycle, où l’on peut approfondir notre relation à la Vie en permettant un espace-temps (un rituel) favorable à ce ressenti. Nos propres souffrances (physiques, interpersonnelles, socio-économiques) liées en apparence uniquement à notre histoire personnelle sont en fait intimement liées au monde. Chaque histoire est unique mais se rapporte toujours fondamentalement aux problèmes de civilisation et de l’état de la planète. Et chaque histoire impacte négativement ou positivement ce monde par les choix intérieurs que l’on peut faire et les actes qui en découlent.
Vivre des temps d’essentiel permet d’être plus libre au sens d’être soi-même, et d’agir en conséquence avec plus d’enthousiasme dans le monde où nous sommes nés, pour une résilience plus efficiente et joyeuse.

  • Philippe Martin