Retrouver son pouvoir

Je viens de terminer un livre de Starhawk, militante écoféministe, qui s’intitule Rêver l’obscur, Femmes, magie et politique. 

Le point de départ du livre est le récit de sa participation à un blocus  contre la mise en place d’une centrale nucléaire à Diablo Canyon le 15 septembre 1981, à côté d’une faille géologique. En partant de ce moment extrêmement fort pour elle, elle nous livre ses réflexions sur ce qu’elle nomme le pouvoir du-dedans comme la réapproproation du pouvoir dont chacun et chacune d’entre nous est porteuse et porteur et qui est nécessaire lorsqu’on s’engage dans des luttes écologiques et sociales.

« Retrouver notre pouvoir personnel est un voyage qui guérit, mais il n’est pas facile. Car la psyché humaine se forme à partir des relations qu’on a avec les autres gens, les choses et les institutions. C’est un miroir de la culture. Les relations qui nous sont familières et les institutions de notre culture sont liées au pouvoir-sur. Aussi nos paysages intimes sont-ils ceux des récits de la mise à distance et sont-ils peuplés de créatures qui dominent ou doivent être dominées. Pour nous libérer, pour retrouver le pouvoir du-dedans, le pouvoir de sentir, de guérir, d’aimer, de créer, de donner forme à notre avenir, de changer nos structures sociales, nous pouvons avoir à nous battre contre nos propres formes de pensée. Nous pouvons avoir à changer notre territoire intime autant que l’extérieur, et à nous confronter aux formes d’autorité que nous véhiculons en nous. Car nous faisons la culture à notre image, comme elle nous fait à la sienne. Si nous n’acceptons pas de nous confronter à nous-mêmes, nous risquons de reproduire le paysage de la domination dans les structures mêmes que nous créons pour combattre l’autorité. Le changement est effrayant, les sorcières ont un dicton : « Où il y a de la peur, il y a du pouvoir. » La culture de la mise à distance enseigne aux hommes à nier la peur, aux femmes à se laisser contrôler par elle. Mais si nous apprenons à ressentir notre peur sans la laisser nous arrêter, la peur peut devenir une alliée, un signe qui nous dit que quelque chose que nous avons rencontré peut être transformé. »

Chacun et chacune individuellement, et surtout ensemble. Car pour Starhawk, il n’est pas de lutte viable sans communauté qui la porte. Même si cela apparaît parfois plus long, plus compliqué, ce chemin est le seul qui permet à chaque fois de se repositionner, de se connaître et d’être plus fort.e. C’est à travers la communauté que s’opère la magie, celle qui consiste à nommer la peur pour ensuite nommer ce qui rend puissant. Alors surgit l’immanence, ce processus collectif qui donne forme à ce qui ne peut être vu, à l’intangible. 

« Nous avons tous le désir de rentrer chez nous, quelque part où nous n’avons jamais été – un lieu, à la fois souvenir et vision, dont nous pouvons seulement capter des aperçus de temps en temps. La communauté. Quelque part, il y a des gens auxquels nous pouvons parler avec passion sans que les mots nous restent dans la gorge. Quelque part, un cercle de mains s’ouvrira pour nous recevoir, des yeux s’allumeront quand nous entrerons, des voix célébreront avec nous notre entrée dans notre propre pouvoir. La communauté signifie une force qui rejoint notre propre force pour faire le travail qui doit être fait. Des bras pour nous soutenir quand nous défaillons. Un cercle de guérison. Un cercle d’amis. Un lieu où nous pouvons être libres. »

Notre psyché humaine est le miroir de notre culture, la première phase est celle de la déconstruction des mythes à travers la création d’autres mythes venant remplacer ceux qui ne sont pas les nôtres. Nous partons alors redécouvrir les archétypes et les symboles car la structure détermine l’énergie qui va circuler à l’intérieur d’elle-même.

Nous sommes prêt.e.s à donner et à résister, à valoriser les faits plutôt que les discours. Nous créons des liens. Dans cette création, la femme a une place centrale. La femme, la sorcière persécutée revient au monde – ou plutôt sort de l’obscurité. Il n’y a pas de magie sans sorcière ; il n’y a pas de transformation sans féminin. Starhawk (comme tant d’autres théoricien.ne.s) nous montre les liens entre la destruction de la nature et ce qu’elle nomme l’affaiblissement (l’asservissement) de la femme. Comment détricoter ce qu’il s’est passé ? Comprendre les liens entre la chasse aux sorcières et l’appropriation des terres par les puissants est certes primordial pour qui veut remonter à la source, mais créer des nouveaux mythes l’est plus encore. Alors s’invite l’engagement. Celui personnel, comme évoqué plus haut, de se confronter à sa peur et celui collectif. La communauté prend toute sa place, et l’action de groupe nous confronte à notre pouvoir du-dedans pour briser le pouvoir-sur. 

Son livre est le récit d’une lutte qui est allée au-delà des espérances des participant.e.s – non seulement parce qu’elle a abouti, mais aussi par la puissance et le pouvoir qui en sont nés.

« Nous pouvons nous lever avec le feu de la liberté
La vérité est un feu qui brûle nos chaînes
Et nous pouvons stopper le feu de la destruction
La guérison est un feu qui court dans nos veines. » 

Chant natif-américain

À lire également : https://usbeketrica.com/article/starhawk-sorciere-ecofeministe

Site web : https://starhawk.org

Camille Chemin