6 questions à Starhawk :

écologie et communautés

Camille, Starhawk et Gabriel à l’événement « Earth Spirit – Earth Justice, un atelier de 3 jours & Spiral Dance avec Starhawk » à Beauraing, en Belgique.

Le week-end dernier, Gabriel et moi nous nous sommes rendus à Beauraing en Belgique, pour une rencontre « Earth Spirit – Earth Justice, un atelier de 3 jours & Spiral Dance » avec Starhawk. Nous avons passé trois jours à réfléchir sur l’activisme, l’engagement écologique et féministe avec plus d’une centaine de personnes. Nous avons co-créé des rituels pour gagner en énergie et remettre le mot « possible » avec écologie et nature. Parce que l’occasion s’y prêtait, nous avons eu envie d’interviewer Starhawk. Voici le compte-rendu de cette interview. Belle lecture !

Comment nous connecter à notre propre pouvoir et participer à des projets collectifs ?

Pour nous connecter à notre propre pouvoir nous devons faire un travail intérieur et être capable de regarder honnêtement notre propre histoire. Nous devons aborder certaines questions. Quel type de pouvoir avons-nous porté dans notre vie en priorité ? En prenant des responsabilités, en s’engageant ? Avons-nous regardé nos propres pouvoirs cachés, les privilèges que nous avons et nous sommes-nous efforcés de les transformer pour créer un monde plus juste et égal ?

Je pense que ça aide pour trouver son propre pouvoir d’avoir une pratique personnelle pour régénérer son énergie ou renouveler son esprit. Méditation, yoga… pour moi c’est juste être dans la nature, mais ça peut être prendre du temps pour écouter ce que le monde naturel essaie de me dire.

Et, dans un contexte quotidien, habituel, pour un citadin par exemple ?

Si tu es au milieu d’une ville, que tu vas travailler tous les jours, peut-être tu n’as que 5 minutes. Même si tu n’as que 5 minutes et que tu les prends pour étudier une plante qui sort du bitume ou que tu observes ce qui se passe dans le ciel, que tu ressens le temps qu’il fait, ça peut être une manière de renouveler ton esprit. Les moments où tu peux être dans la nature se passent dans une autre temporalité, cela aide d’y aller.

Mais je sais aussi que beaucoup d’écologistes qui travaillent pour le gouvernement ou des ONGs n’ont même plus le temps d’être au contact de la nature ! C’est bien qu’ils fassent ce travail, mais il est nécessaire de prendre du temps dehors.

C’est quoi pour toi l’écoféminisme et comment le vivre au quotidien ?

C’est la reconnaissance que toutes les formes d’oppressions – qu’elle soient du côté de la patriarchie, du racisme, de l’homophobie ou de la destruction de la nature – sont toutes liées, elles ne sont jamais réellement séparées. Elles sont comme des facettes de la même chose. La façon dont nous traitons la nature est la même dont nous traitons les femmes. Les femmes sont d’ailleurs les plus impactées par le changement climatique, ce sont elles qui prennent le contre-coup de la dégradation des écosystèmes. Dans de nombreuses contrées du monde ce sont elles qui portent l’eau et lorsqu’elle vient à manquer à cause des sécheresses, ce sont elles qui prennent des heures par jour à chercher l’eau. Ce sont elles qui tiennent les fermes, qui produisent la nourriture. Elles sont responsables de la bonne santé de leur enfants et de leur nutrition. Ce sont celles qui mangent en dernier pourtant leur corps sont les plus sollicités avec l’allaitement et le port des enfants. Les femmes ont un intérêt certain dans la création d’un environnement fertile et abondant.

Nous devons comprendre que la Terre, notre système nerveux, les relations humaines sont tous des réseaux interconnectés et interdépendant. Quand nous pensons interrelations nous pensons rationnellement.

Comment lier permaculture et spiritualité dans une culture cartésienne ?

Je me suis impliquée dans la spiritualité bien avant d’en venir à la permaculture. Quand j’ai trouvé la permaculture, je me suis dit : « Super, c’est le mode d’emploi ! » Je peux chanter la nature et le sacré, et ça c’est la partie concrète. Voilà comment l’un et l’autre se lient. Même dans une culture cartésienne on peut faire de la permaculture. Et faire de la permaculture va te permettre de te guérir – de la même façon qu’être connecté à la spiritualité le fait – en ayant les mains dans la terre. Il y a une bactérie qui vit dans le sol qui déclenche des endorphines et des hormones qui calment et font sentir plus heureux.

Comment créer et s’engager dans une communauté durable ?

J’ai écrit un livre appelé The empowerment manual. D’abord tu commences avec une vision. C’est plus facile si tu trouves des personnes sur la même longueur d’onde et que tu formules ta vision. Ensuite tu attires grâce à cela d’autres personnes. C’est plus facile que de faire venir à toi plein de gens et d’essayer de trouver une vision commune.

Quand vous avez la vision, trouvez votre mission. Votre mission c’est comment vous allez faire plus concrètement à partir de votre vision du monde. Quels sont vos buts, vos objectifs ? Ensuite, quelle va être votre gouvernance ? Qui va prendre quelles décisions à propos de quoi ? Quelles méthodes allez-vous utiliser ? Et enfin trouver un moyen de mettre en place des structures pour que les gens gagnent du pouvoir en gagnant des responsabilités. Et quand ils prennent des responsabilités il faut qu’ils puissent avoir le pouvoir dont ils ont besoin pour mettre en place ce qu’ils ont prévu. Enfin, trouver et développer des systèmes de communication sains et bienveillants afin d’accueillir la vulnérabilité de chacun. Ainsi chacun peut s’investir  et avoir confiance en chacun.

Diana Leafe-Christian a écrit un livre sur le sujet, Vivre autrement. Dans son livre elle cite 3 éléments. Il y a ce qu’elle appelle le « ciment des relations ». Ce sont les moments où les gens peuvent se sentir bien, échanger et partager, faire des choses ensemble. Il y a les bonnes pratiques de communication, incluant bonnes techniques et bon communicants ainsi que médiateurs. Et il y a les bons responsables, leaders et leadeuses de projet(s) qui s’assurent que les choses sont faites en temps et en heure.

300 personnes se sont rassemblées le samedi soir pour la Spiral Danse. Quel moment intense !

Au sujet de ton livre, Rêver l’obscur, tu parles de rôles formels et informels dans les communautés, faut-il les exprimer ?

Je pense que chaque groupe a les 2. Si un groupe ne fonctionne pas bien, c’est parfois parce qu’il a des schémas inconscients bloquants. Par exemple si j’ai un schéma inconscient qui fait que quand je veux te dire quelque chose je ne le fais pas en face, mais au lieu de ça, je me plains à lui. Et lui va dire à un autre combien tu es mauvais et que finalement trois personnes parlent entre-elles de combien tu es mauvais sans jamais te le dire en face c’est très destructeur. Pour changer cela vous devez identifier clairement ce schéma et vous engager à le changer. La prochaine fois, au lieu de dire « regarde comment elle est méchante » je dirais directement à la même personne « elle a fait cela et cela m’a fait ceci » et l’autre personne répondra « comment est-ce que je peux t’aider à aller lui parler ? »

Comment créer un espace sécure pour échanger, exprimer nos ressentis et nos besoins ?

Des fois les groupes ont des schémas, des normes qui leur permettent de s’exprimer bénéfiquement et de se sentir reliés. Il ne faut pas remettre en cause toutes les normes et les schémas, mais des fois cela aide de les identifier. On peut alors décider d’établir de nouvelles normes ou schémas. Ce n’est pas forcément un règle obligatoire. On peut par exemple se dire « ça serait bien, à chaque fois que quelqu’un se fait une tasse de café qu’il en fasse une autre pour quelqu’un ». Ça peut aider les gens à se sentir mieux entre-eux.

Comment avoir des espaces où les gens puissent se sentir à la fois vulnérables et puissants ?

Je pense que c’est bien d’avoir plusieurs types de réunions dans les collectifs. Souvent, les collectifs ont leur réunion du mois où tout doit être traité. Il faut alors jongler avec les priorités, les détails, les émotions. Une ancienne communauté aux États Unis a décidé d’avoir plusieurs types de réunions. Ils ont des courtes réunions finances une fois par mois pour se charger des détails. Ils ont des réunions pour établir les priorités une fois par mois pour déterminer ce qui est du long et court terme. Ils peuvent avoir une retraite à l’extérieur une fois par an pour gérer les émotions de chacun. Dans d’autres communautés encore, il y a un cercle de parole chaque semaine, avec un bâton de parole qui circule afin de partager ses ressentis ou parler des priorités ou encore « qui va nourrir les chèvres la semaine prochaine ? » Cela va permettre une certaine vulnérabilité des personnes au sein du groupe. L’espace créé va devenir le contenant qui soutien la sécurité du groupe.

C’est quoi pour toi la non-violence ?

La non-violence peut être un grand nombre de choses. Cela peut être en faveur de la vie ou bien une stratégie. En faveur de la vie c’est un engagement à honorer le sacré en chacun. Quelqu’un pourrait être ton ennemi à un certain moment et il faut alors vis-à-vis de lui avoir une attitude d’espoir qu’il change. En terme de stratégie cela peut être de rendre visible et clair la violence inhérente du système dominant actuel. Ça n’est pas une stratégie pour que les personnes qui te détestent t’aiment. C’est plus une façon de mettre ces personnes face à un dilemme. Si ces personnes maintiennent un système injuste, la stratégie va permettre par exemple de révéler cette injustice et celles-ci vont faire face à un grand nombre de personnes qui n’étaient pas informées ou qui était indifférentes. Ces dernières vont s’activer, comprendre et probablement agir.

Merci Starhawk !

Et un grand merci à Terre & Conscience pour l’organisation de cet événement et leur gentillesse !

Infos ici : https://www.terreetconscience.be/agenda/starhawk-de-retour-en-septembre-2019 

Interview réalisée par Écoliens (Gabriel et Camille) avec la participation d’Axelle, cocréatrice du projet d’écovillage C’est la Vie.

Traduction : Gabriel

Association organisatrice de l’événement : « Terre et Conscience » https://www.terreetconscience.be/